- t’étais dans l’illusion
- j’en ai fait un rêve éclairé
- je sais
- de l’illusion au rêve, juste un changement de degré pour une femme et un homme comme nous
Un arbre
- t’étais dans l’illusion
- j’en ai fait un rêve éclairé
- je sais
- de l’illusion au rêve, juste un changement de degré pour une femme et un homme comme nous
- jte fais rêver
- oui
- …
- …
- c’est tout ?
- ce rêve est merveilleux parce que je n’en suis pas dupe
- moi non plus
- ...
- ...
On dit que les contes sont comme des bouches-à-bouches, que les histoires millénaires livrent à chaque veillée une histoire nouvelle, un souffle nouveau, en somme.
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On dit que les veillées font s’assoir les enfants en cercle autour d’une histoire. Pas en rang, surtout pas en rang, parce que le cœur des enfants étouffe dans les histoires rangées (en somme).
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On dit que les enfants des veillées sont petits, assez petits pour comprendre, prendre la posture du tigre (c’est l’histoire), sortir les crocs (de lait), érafler le sol de leurs grosses griffes et feuler (rrrrr) (faites gaffe ! (en somme)).
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On dit que les petits enfants des veillées prennent la posture de l’animal, qu’ils sont le tigre, puissant, féroce, instinctif, aussi, doux, fragile, rare, en somme.
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On dit que les bébés tigres des veillées perçoivent la vibration féline et qu’on ne peut leur raconter que des histoires qui leur ressemblent, pas vraiment sages, en somme.
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On dit qu’une tigresse a vécu ici il y a bien longtemps. Elle avait une vie simple la tigresse, insuffler à son bébé la science des princes de la forêt, être un tigre.
Elle meurt au cœur de cette simplicité là la tigresse.
Bébé tigre se retrouve seul. Il a peur, il a faim et il se met en quête de téter, normal. Alors il sort de la forêt et croise une troupe de moutons.
Accroché à la mamelle d’une brebis, il se nourrit, survit.
Il est amusant ce bébé tigre, taquin, tendre, une peluche. Alors le pâtre décide de le garder. Un jouet pour les heures de solitude.
Bébé tigre apprend à vivre au milieu des moutons et quand le chien aboie, quand le berger siffle, il prend peur, bêle du mieux qu’il peut, fuit en suivant l’onde de la troupe, à droite, à gauche, à gauche, à droite, en avant, en arrière, en arrière, en avant, wouhh !! Et il broute, il broute, il broute.
Pourtant, il sent bien, lui, dans son corps, que tout ça ne va pas. Bébé tigre a peur. Il souffre de ne pas comprendre. Il se sent si lourd, gonflé, lui qui se rumine à l’expérience de la troupe ; les autres sont si légers, pas heureux, certes, mais si légers.
Un jour, la tension règne au village. Un tigre rode. Les chiens aboient, les hommes se regroupent, allument des feux, crient. Le fauve s’en fout. Il attaque, décime, détruit. Et il croise la fuite de bébé tigre. Le tigre bondit, renverse le gamin d’un coup de pâte, le prend dans la gueule et l’amène avec lui en forêt.
En forêt, le tigre dit au petit sa nature. Il est un tigre. Mais pourquoi le croirait-il, lui, le tigre ? Alors le faux mouton continue à bêler. Héhé, le grand est tenace et l’amène de force au bord du lac. Vois ! Bébé tigre s’approche, observe puis chancelle. Maintenant, il a beaucoup plus peur qu’avant, c’est clair. Parce que dans l’eau il voit deux tigres au lieu d’un. Etre mouton comme tous les autres finalement, c’était son refuge. Maintenant, il est poussé à comprendre : « qui suis-je ? ». Il se regarde à nouveau, voit des crocs, des pattes rayées et déjà sa mémoire, son expérience, tout ce qui a fait de lui un mouton, commencent à vaciller.Vois-tu
L’enfant inscrit son histoire
Dans le cours du savoir
Expirant de vie dans le bris d'un miroir
Voilant l’in no sense
Le sens
Je sais, tu sais
-
Vois-tu
Il trace ses peurs
Un peu comme le peintre se gommerait pour ne plus confondre ses rides avec les craquelures du tableau
Projection d’images viciées
Sur toile immaculée
Je sais tu sais
-
Vois-tu
Il pleure
La plaie saigne
Il est hémophile
La peau est douce
Il est écorché
C’est sa prison
Il y est tout petit
Oui,
Mais …
Les larmes sont l’égouttoir
De la mémoire
Perles salées sachant l’immensité de ce qui les attend
Prisme d’avenir dans l’œil de l’instant
Je sais tu sais
-
Vois-tu
Le souffle vient au creux de la connaissance du désastre
Surfe alors sur l’artéfact d’un éclair
« Orage »
C’est son nom
Sa foi est celle d’une pince
Corps étiré vers l’ouest
Epaules délivrées du connu
Mains aux pieds
Yeux aux genoux
Ecrasé sur la terre comme un pétale de cerisier offrant l’axe à l’univers
Une renaissance dans la soufflerie du vide
-
A naître
Le monde
De corps
de
Foi.
link - Sémola
il est des instants où l'existence dénude
le feu abat la chape du vide
- t'as le choix?
- ...
- il faut passer
il est des instants où les affres de la route rappellent que rares sont ceux qui foulent le névé sans s’y engloutir
vivre est tortueux
c’est clair
- t'as le choix?
- ...
- il faut passer
il est des instants où l’impérieuse nécessité d’être seul fait rugir la plaie d’être seul
instants où l’aspiration à l’unité fait douter même de l’espérance d’expirer
- t'as le choix?
- je passerai pas ...
- alors livré à l’impétuosité du flot l'apprenti s'en imprègne
coule dans la perte pour trouver la route
vire de bord d’instinct pour rendre inévitable la rencontre
et il entend aujourd’hui les murmures du cœur
que de ne pas s’étreindre il perd l’élan
que de ne pas se caresser il fige la sensation
que de ne pas s'embrasser il ôte le goût
tu passes?
l’homme au trident s’approche et dit
- souffle le vide dans le cœur ouvert et dis-moi ce que tu entends
-
j’entends glapir un paon
- un paon?
- troublant
- un paon
vivant
un art du relâchement
ascèse de l’élévation
au commencement
on va me dire
comment jouir
ce qui est beau
ahhhh
bien-être collectif
ce que je peux tenir
j’y tiendrai
.
on va me dire
comment souffrir
ce
qui est laid
ihhhhh
tristesse collective
ce que je peux pas tenir
jn’y tiendrai pas
.
on va me dire
comment sortir
ce
qui est juste
ohhhh (aum)
chemin collectif
ce qu’il faut tenir
je n’y tiendrai plus
le démon aussi est porteur du paradis
- ralala !
- quoi ?!
- tu bouges plus maintenant
- j’ai besoin de l’immobilité pour grandir
- et tu peux parler au moins … ?
- j’ai besoin du silence pour mûrir
elle, espiègle
- et tu fais tout ça pour moi ?
- …
- tu sais que je sais
- et tu sais quoi ?!!
- tu vois, tu t’énerves ! t’as peur ! boouuuhhh !! t’as peur
- attends, j’ai déjà pas peur de moi, alors…
- baahh dis donc, MONSIEUR. c’est bien ce que je disais
- …
- je sais que tu sais
lui, déstabilisé
- et je sais quoi ?
- ben que tu m’aimes, quoi !
- …
- …
- un jour j’te dirais « je t’aime » mais pas avec les mots du romantisme. j’en ai marre du romantisme. un jour j’te dirais « je t’aime » avec les mots des yeux
- …
- …
- s’il te plaît
- oui
- me regarde pas comme ça
eux, emmerdés maintenant, parce qu’un vent oculaire pourrait bien renverser les tables du bar et tout ce qui y sert d’existentialisme, leurs vies y compris. pur bonheur
28 janvier 2005, chez eux jusqu’à demain, 21 h.
Voilà. L’histoire tire à sa fin, l’enfant de l’hiver peut-être aussi. Seule l'énergie sait le cours de choses.
Voilà. L’histoire tire à sa fin. Camille s’en va demain. Cela fait plus d’un an qu’elle l’a dit à Damien mais elle n’a pas pu le quitter. Faut dire qu’elle aussi, finalement, elle ne sait pas être heureuse seule Camille. Un drôle de couple ces deux là. Ouais. Vraiment.
Pour elle, il s’est passé ce qui arrive parfois chez certaines femmes. Abandonner la douceur de l’enfance, bosser quarante heures par semaine, pouponner les petits deux heures par jour et le week-end, vivre avec un mec qui devient con, même par intermittence et, passée la trentaine, relire les contes de fées. Etrange quand même. Genre, « Eh ho Camille, t’as trente trois ans maintenant, c’est l’heure de lire Cendrillon ». Hum…
La porte se referme derrière lui. Damien est sorti tard du boulot et a bu quelques bières. Pour tenir.
- C’est toi Damien ?
Drôle de question quand même …
- Oui.
- T’as dîné ?
- Non.
- Juliette t’a réclamé. Elle voulait te faire un bisou.
- Ils ont eu du mal à s’endormir ?
- Non. Je crois qu’ils ne se rendent pas compte.
- Normal. Ils ne veulent pas se rendre compte.
- …
- T’as faim ?
- Oui.
Camille, assise sur le canapé du salon, regarde Damien se défaire de son tablier de paillasse, un joli costume anthracite de chez Dessutti à 149 euros avec la cravate. Dans la main droite, un verre à vin à moitié vide.
- Tu t’donnes du courage ?
- C’est vendredi, non ?
- Ouais, mais une bouteille de Cantenac Brown, t’y va un peu fort quand même…
- Ché pas. J’y connais rien.
- Ben justement.
- …
Ben voila, ce que je disais, Damien se trouve con. Et il l’est…
- Des œufs au safran, ça te dit. C’est tout ce qui me reste.
- Oui, ça me va.
Damien se sert un verre et glisse dans la cuisine leur préparer leur dernier repas. Dieu qu’il est bien se garçon. Un vrai ptit beauf parfait. Jusqu’à demain. Dire qu’il a loué le camion de déménagement et qu’il ira le chercher à la première heure. Evidemment, parce qu’elle, elle ne saura etc. etc.… Et lui demain… Il n’y pense même pas.
Camille ? Elle se glisse dans son dos, pose ses mains sur ses hanches, tire délicatement la chemise du pantalon, lui frôle le ventre du bout des doigts les lèvres posées au creux de l’oreille. Un souffle chaud, imperceptible, les unit déjà dans une étreinte qui pourrait bien avoir mille ans.
- …
- …
- Pas ce soir Camille.
- …
- …
- J’ai besoin Damien.
- …
- …
- J’m’en remettrai pas Camille...
- Si…
The end
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