Vendredi 16 mai 2008

- t’étais dans l’illusion

- j’en ai fait un rêve éclairé

- je sais

- de l’illusion au rêve, juste un changement de degré pour une femme et un homme comme nous

par Un arbre
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Mardi 13 mai 2008

- jte fais rêver

- oui

- …

- …

- c’est tout ?

- ce rêve est merveilleux parce que je n’en suis pas dupe

- moi non plus
- ...
- ...

par Un arbre
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Lundi 12 mai 2008

On dit que les contes sont comme des bouches-à-bouches, que les histoires millénaires livrent à chaque veillée une histoire nouvelle, un souffle nouveau, en somme.

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On dit que les veillées font s’assoir les enfants en cercle autour d’une histoire. Pas en rang, surtout pas en rang, parce que le cœur des enfants étouffe dans les histoires rangées (en somme).

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 On dit que les enfants des veillées sont petits, assez petits pour comprendre, prendre la posture du tigre (c’est l’histoire), sortir les crocs (de lait), érafler le sol de leurs grosses griffes et feuler (rrrrr) (faites gaffe ! (en somme)).

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On dit que les petits enfants des veillées prennent la posture de l’animal, qu’ils sont le tigre, puissant, féroce, instinctif, aussi, doux, fragile, rare, en somme.

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On dit que les bébés tigres des veillées perçoivent la vibration féline et qu’on ne peut leur raconter que des histoires qui leur ressemblent, pas vraiment sages, en somme.

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On dit qu’une tigresse a vécu ici il y a bien longtemps. Elle avait une vie simple la tigresse, insuffler à son bébé la science des princes de la forêt, être un tigre.

Elle meurt au cœur de cette simplicité là la tigresse.

Bébé tigre se retrouve seul. Il a peur, il a faim et il se met en quête de téter, normal. Alors il sort de la forêt et croise une troupe de moutons.

Accroché à la mamelle d’une brebis, il se nourrit, survit.

Il est amusant ce bébé tigre, taquin, tendre, une peluche. Alors le pâtre décide de le garder. Un jouet pour les heures de solitude.

Bébé tigre apprend à vivre au milieu des moutons et quand le chien aboie, quand le berger siffle, il prend peur, bêle du mieux qu’il peut, fuit en suivant l’onde de la troupe, à droite, à gauche, à gauche, à droite, en avant, en arrière, en arrière, en avant, wouhh !! Et il broute, il broute, il broute.

Pourtant, il sent bien, lui, dans son corps, que tout ça ne va pas. Bébé tigre a peur. Il souffre de ne pas comprendre. Il se sent si lourd, gonflé, lui qui se rumine à l’expérience de la troupe ; les autres sont si légers, pas heureux, certes, mais si légers.

Un jour, la tension règne au village. Un tigre rode. Les chiens aboient, les hommes se regroupent, allument des feux, crient. Le fauve s’en fout. Il attaque, décime, détruit. Et il croise la fuite de bébé tigre. Le tigre bondit, renverse le gamin d’un coup de pâte, le prend dans la gueule et l’amène avec lui en forêt.

En forêt, le tigre dit au petit sa nature. Il est un tigre. Mais pourquoi le croirait-il, lui, le tigre ? Alors le faux mouton continue à bêler. Héhé, le grand est tenace et l’amène de force au bord du lac. Vois ! Bébé tigre s’approche, observe puis chancelle. Maintenant, il a beaucoup plus peur qu’avant, c’est clair. Parce que dans l’eau il voit deux tigres au lieu d’un. Etre mouton comme tous les autres finalement, c’était son refuge. Maintenant, il est poussé à comprendre : « qui suis-je ? ». Il se regarde à nouveau, voit des crocs, des pattes rayées et déjà sa mémoire, son expérience, tout ce qui a fait de lui un mouton, commencent à vaciller.
par Un arbre
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Dimanche 11 mai 2008

Vois-tu

L’enfant inscrit son histoire

Dans le cours du savoir

Expirant de vie dans le bris d'un miroir

Voilant l’in no sense

Le sens

Je sais, tu sais

-

Vois-tu

Il trace ses peurs

Un peu comme le peintre se gommerait pour ne plus confondre ses rides avec les craquelures du tableau

Projection d’images viciées

Sur toile immaculée

Je sais tu sais

-

Vois-tu

Il pleure

La plaie saigne

Il est hémophile

La peau est douce

Il est écorché

C’est sa prison

Il y est tout petit

Oui,

Mais …

Les larmes sont l’égouttoir

De la mémoire

Perles salées sachant l’immensité de ce qui les attend

Prisme d’avenir dans l’œil de l’instant
Je sais tu sais

-

Vois-tu

Le souffle vient au creux de la connaissance du désastre

Surfe alors sur l’artéfact d’un éclair

« Orage »

C’est son nom

Sa foi est celle d’une pince

Corps étiré vers l’ouest

Epaules délivrées du connu

Mains aux pieds

Yeux aux genoux

Ecrasé sur la terre comme un pétale de cerisier offrant l’axe à l’univers

Une renaissance dans la soufflerie du vide

-

A naître

Le monde

De corps

de

Foi.

link - Sémola

par Un arbre
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Vendredi 9 mai 2008

il est des instants où l'existence dénude 
le feu abat la chape du vide

- t'as le choix?
- ...
- il faut passer

il est des instants où les affres de la route rappellent que rares sont ceux qui foulent le névé sans s’y engloutir
vivre est tortueux
c’est clair
- t'as le choix?
- ...

- il faut passer

il est des instants où l’impérieuse nécessité d’être seul fait rugir la plaie d’être seul
instants où l’aspiration à l’unité fait douter même de l’espérance d’expirer
- t'as le choix? 

- je passerai pas ...
- alors
livré à l’impétuosité du flot l'apprenti s'en imprègne
coule dans la perte pour trouver la route

vire de bord d’instinct pour rendre inévitable la rencontre 
et il entend aujourd’hui les murmures du cœur

que de ne pas s’étreindre il perd l’élan
que de ne pas se caresser il fige la sensation
que de ne pas s'embrasser il ôte le goût

tu passes?

par Un arbre
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Mercredi 7 mai 2008

l’homme au trident s’approche et dit

- souffle le vide dans le cœur ouvert et dis-moi ce que tu entends
- j’entends glapir un paon
- un paon?
- troublant
- un paon

par Un arbre
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Mardi 6 mai 2008

vivant

un art du relâchement

ascèse de l’élévation

au commencement

par Un arbre
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Vendredi 2 mai 2008

on va me dire

comment jouir

ce qui est beau

 ahhhh

bien-être collectif

ce que je peux tenir

j’y tiendrai

.

on va me dire

comment souffrir
ce qui est laid

ihhhhh

tristesse collective

ce que je peux pas tenir

jn’y tiendrai pas

.

on va me dire

comment sortir
ce qui est juste

ohhhh (aum)

chemin collectif

ce qu’il faut tenir

je n’y tiendrai plus
le démon aussi est porteur du paradis

par Un arbre
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Vendredi 2 mai 2008

-          ralala !

-          quoi ?!

-          tu bouges plus maintenant

-          j’ai besoin de l’immobilité pour grandir

-          et tu peux parler au moins … ?

-          j’ai besoin du silence pour mûrir

elle, espiègle

-          et tu fais tout ça pour moi ?

-         

-          tu sais que je sais

-          et tu sais quoi ?!!

-          tu vois, tu t’énerves ! t’as peur ! boouuuhhh !! t’as peur

-          attends, j’ai déjà pas peur de moi, alors…

-          baahh dis donc, MONSIEUR. c’est bien ce que je disais

-         

-          je sais que tu sais

lui, déstabilisé

-          et je sais quoi ?

-          ben que tu m’aimes, quoi !

-         

-         

-          un jour j’te dirais « je t’aime » mais pas avec les mots du romantisme. j’en ai marre du romantisme. un jour j’te dirais « je t’aime » avec les mots des yeux

-         

-         

-          s’il te plaît 

-          oui

-          me regarde pas comme ça

eux, emmerdés maintenant, parce qu’un vent oculaire pourrait bien renverser les tables du bar et tout ce qui y sert d’existentialisme, leurs vies y compris. pur bonheur

par Un arbre
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Lundi 28 avril 2008

28 janvier 2005, chez eux jusqu’à demain, 21 h.

Voilà. L’histoire tire à sa fin, l’enfant de l’hiver peut-être aussi. Seule l'énergie sait le cours de choses.

Voilà. L’histoire tire à sa fin. Camille s’en va demain. Cela fait plus d’un an qu’elle l’a dit à Damien mais elle n’a pas pu le quitter. Faut dire qu’elle aussi, finalement, elle ne sait pas être heureuse seule Camille. Un drôle de couple ces deux là. Ouais. Vraiment.

Pour elle, il s’est passé ce qui arrive parfois chez certaines femmes. Abandonner la douceur de l’enfance, bosser quarante heures par semaine, pouponner les petits deux heures par jour et le week-end, vivre avec un mec qui devient con, même par intermittence et, passée la trentaine, relire les contes de fées. Etrange quand même. Genre, « Eh ho Camille, t’as trente trois ans maintenant, c’est l’heure de lire Cendrillon ». Hum…

La porte se referme derrière lui. Damien est sorti tard du boulot et a bu quelques bières. Pour tenir.

-          C’est toi Damien ?

Drôle de question quand même …

-          Oui.

-          T’as dîné ?

-          Non.

-          Juliette t’a réclamé. Elle voulait te faire un bisou.

-          Ils ont eu du mal à s’endormir ?

-          Non. Je crois qu’ils ne se rendent pas compte.

-          Normal. Ils ne veulent pas se rendre compte.

-         

-          T’as faim ?

-          Oui.

Camille, assise sur le canapé du salon, regarde Damien se défaire de son tablier de paillasse, un joli costume anthracite de chez Dessutti à 149 euros avec la cravate. Dans la main droite, un verre à vin à moitié vide.

-          Tu t’donnes du courage ?

-          C’est vendredi, non ?

-          Ouais, mais une bouteille de Cantenac Brown, t’y va un peu fort quand même…

-          Ché pas. J’y connais rien.

-          Ben justement.

-         

Ben voila, ce que je disais, Damien se trouve con. Et il l’est…

-          Des œufs au safran, ça te dit. C’est tout ce qui me reste.

-          Oui, ça me va.

Damien se sert un verre et glisse dans la cuisine leur préparer leur dernier repas. Dieu qu’il est bien se garçon. Un vrai ptit beauf parfait. Jusqu’à demain. Dire qu’il a loué le camion de déménagement et qu’il ira le chercher à la première heure. Evidemment, parce qu’elle, elle ne saura etc. etc.… Et lui demain… Il n’y pense même pas.

Camille ? Elle se glisse dans son dos, pose ses mains sur ses hanches, tire délicatement la chemise du pantalon, lui frôle le ventre du bout des doigts les lèvres posées au creux de l’oreille. Un souffle chaud, imperceptible, les unit déjà dans une étreinte qui pourrait bien avoir mille ans.

-         

-         

-          Pas ce soir Camille.

-         

-         

-          J’ai besoin Damien.

-         

-         

-          J’m’en remettrai pas Camille...

-          Si…

 

The end

par Un arbre
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  • : Ce blog est dédié à la richesse des paradoxes et à la pratique.
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